Unibail : une générosité à double tranchant

Publié le par uni-contre-uni.over-blog.fr

 

 

IRares sont les actionnaires qui se plaindront du versement exceptionnel de 20 euros par action que se propose de leur faire le numéro un européen de l'immobilier commercial Unibail-Rodamco SA.

 

On peut aussi y voir un lot de consolation, destiné à compenser la faiblesse des perspectives de la foncière franco-néerlandaise, notamment sur le plan des acquisitions.

 

En soi, la générosité du groupe peut réjouir ses actionnaires. Le quasi-dividende proposé par Unibail-Rodamco représente un rendement proche de 14%, au cours actuel de 145 euros. Il sera même défiscalisé car versé sous la forme d'un remboursement de primes d'apport.

 

Mais le groupe va devoir s'endetter pour pouvoir rémunérer ses actionnaires.

 

Cela signifie qu'Unibail devra verser des intérêts à ses banquiers, ce qui entraînera un alourdissement de ses frais financiers et pèsera sur ses comptes. Sauf peut-être à tenter de redonner un coup de fouet à une action qui est tout juste à son niveau de début d'année, on voit mal ce qui peut justifier de rémunérer les actionnaires en augmentant la dette.

 

Cela limitera forcément sa capacité de financement. Standard & Poor's a d'ailleurs adopté une perspective négative sur la dette d'Unibail.

 

L'agence de notation estime que l'opération portera le ratio dette sur valeur du patrimoine d'Unibail de 32% actuellement à presque 45%.

 

Pour sa part, Unibail souligne qu'elle restera l'une des foncières cotées les moins endettées du secteur. La société affirme que cela ne l'empêchera pas de financer un portefeuille de projets de 5,7 milliards d'euros. Elle se dit même prête à saisir toute opportunité d'acquisition concordant avec son approche stratégique "très sélective".

 

Le fait qu'Unibail ait préféré s'endetter pour rémunérer ses actionnaires plutôt que de profiter de sa situation financière pour pouvoir réaliser une acquisition d'envergure suggère ainsi que les opportunités manquent.

 

Le groupe affiche à ce propos des objectifs précis et importants en matière de cessions d'actifs, mais pas en matière d'acquisitions.

 

Unibail-Rodamco suit une stratégie de recentrage sur ses actifs de meilleure qualité qui reflète d'une manière plus générale l'incertitude pesant sur la croissance économique et la consommation des ménages, notamment dans le cadre des plans d'austérité décidés par les pays européens.

 

La consommation joue un rôle pivot dans les performances de ses centres commerciaux, qui génèrent les trois quarts de ses loyers nets. Les résultats et les perspectives du groupe sont d'ailleurs sans relief.

 

Unibail vise cette année une progression comprise entre 0% et 2% de son résultat net par action récurrent, c'est-à-dire hors variation de valeur des actifs.

 

Le groupe estime que la rémunération exceptionnelle qu'il propose à ses actionnaires constitue en fait un remboursement de capital, qui correspond au montant net des cessions réalisées depuis le rapprochement en 2007 d'Unibail et Rodamco.

 

Les actionnaires alors présents au capital remarqueront que son actif net réévalué, ou ANR, était alors de 169,3 euros par action, contre 131 euros aujourd'hui.

 

Ambroise Ecorcheville, Dow Jones Newswires.

 

 

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